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Histoire de la stigmatisation : de la syphilis au sida

communhistoire1 053 mots5 min de lectureVérifié le 25 septembre 2026

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Comprendre pourquoi les IST restent aujourd'hui plus taboues que d'autres maladies chroniques demande de remonter le fil de leur histoire : la honte qui les entoure n'est pas une réaction spontanée, elle s'est construite, épisode après épisode.

15.1 La grande vérole : une épidémie qu'on a nommée d'après l'ennemi du moment

La syphilis offre le premier exemple documenté d'un réflexe qui allait se répéter pendant des siècles : attribuer une maladie honteuse à l'étranger plutôt qu'à soi-même. Lorsqu'une épidémie de cette nouvelle et terrible maladie éclate en 1495 parmi les soldats de Charles VIII lors de l'invasion de Naples, les Français l'appellent "la maladie napolitaine", tandis que les Anglais et les Italiens la nomment "la maladie française" ou "la vérole française", chaque nation la baptisant du nom d'un pays voisin plutôt que du sien (histoire de la syphilis et de son traitement jusqu'à la pénicilline, Journal of Military and Veterans' Health ; vérification du 16 septembre 2026).

Analogie utile. C'est le même mécanisme que celui qui pousse, aujourd'hui encore, à associer spontanément une IST à "quelqu'un d'autre", une catégorie de personnes qu'on imagine différente de soi : la maladie devient un marqueur d'altérité avant d'être reconnue comme un simple agent infectieux qui ne choisit personne en particulier.

Le traitement disponible pendant des siècles était pire, par bien des aspects, que la maladie elle-même. Les onctions et fumigations au mercure, seul traitement disponible pendant des siècles, étaient douloureuses et de nombreux patients mouraient d'un empoisonnement au mercure plutôt que de la syphilis elle-même (vérification du 16 septembre 2026). Il faudra attendre 1910 pour le Salvarsan, premier traitement ciblé de l'histoire de la médecine, puis 1940 pour que la pénicilline, découverte par Alexander Fleming en 1928, s'impose enfin comme un traitement efficace et relativement sûr.

15.2 Le sida des années 1980 : une épidémie aggravée par le silence institutionnel

Un siècle plus tard, un scénario comparable se rejoue avec une intensité inédite. Au milieu des années 1980, l'apparition soudaine du VIH/sida plonge les États-Unis dans une crise de santé publique majeure, touchant d'abord et de façon disproportionnée les hommes homosexuels, ce qui déclenche une hystérie collective et stigmatise davantage une population déjà engagée depuis des décennies dans une lutte contre l'homophobie ; l'absence de réaction rapide des pouvoirs publics pour informer et endiguer le virus a très probablement contribué à sa propagation (HISTORY, sur les activistes du sida et les droits des patients ; vérification du 16 septembre 2026).

C'est dans ce contexte de silence institutionnel que naît, en 1987 à New York, un mouvement qui allait changer durablement le rapport de force entre patients et institutions médicales. L'AIDS Coalition to Unleash Power (Act Up), cofondée par l'activiste Larry Kramer, mobilise des tactiques de confrontation directe, manifestations à haute visibilité visant les laboratoires pharmaceutiques et les pouvoirs publics, pour exiger un accès abordable aux traitements ; le mouvement contribue à faire baisser le prix des médicaments, à transformer le processus d'approbation de la FDA, à inclure les patients séropositifs dans les essais cliniques de nouveaux traitements, et à réduire la stigmatisation sociale du sida (vérification du 16 septembre 2026).

En France, le mouvement équivalent, Act Up-Paris, mène le même combat dans les années 1990. Le film "120 battements par minute", réalisé par Robin Campillo et sorti en 2017, retrace l'action d'Act Up-Paris au début des années 1990 pour combattre l'indifférence générale face à l'épidémie de sida, alors que le VIH ravage la communauté homosexuelle ; le film obtient le Grand Prix du jury et le prix FIPRESCI au Festival de Cannes 2017, six César en 2018, et dépasse 850 000 entrées en France (Wikipédia, fiche du film ; vérification du 16 septembre 2026). Le titre du film, qui fait référence à un tempo de musique house plutôt qu'à un rythme cardiaque, évoque volontairement une époque à la fois festive et anxieuse, exactement à l'image de ce que vivait la communauté concernée.

👁️ Vu de l'autre côté Une génération née après la trithérapie efficace, disponible depuis 1996, perçoit souvent le sida comme un chapitre historique clos, une crise réglée depuis longtemps. Ce que les survivants de cette période, et les militants qui l'ont traversée, ne disent pas toujours à voix haute face à cette lecture : la maladie a été vaincue médicalement bien avant que la honte qui l'accompagnait ne le soit socialement, et cette dette-là n'a jamais été soldée, seulement recouverte par le temps.

15.3 Ce que cette histoire explique encore aujourd'hui

Le lien entre ces deux épisodes, séparés de quatre siècles, n'est pas anecdotique : dans les deux cas, une infection transmissible sexuellement a été traitée comme un marqueur moral avant d'être traitée comme une maladie, avec un coût humain directement lié à ce détournement, retard de traitement, silence institutionnel, violence sociale envers les personnes atteintes.

C'est ce même mécanisme, sous une forme atténuée, qui explique pourquoi une IST bénigne et facilement traitable aujourd'hui (chlamydia, herpès) continue de porter un poids émotionnel disproportionné par rapport à sa gravité médicale réelle : l'histoire de la stigmatisation a une inertie bien plus longue que celle du progrès médical.

Bons réflexes.

  • Face à votre propre réaction émotionnelle à un diagnostic d'IST, demandez-vous si elle vient de la gravité réelle de l'infection ou de cette inertie historique héritée : les deux se confondent facilement, mais elles n'ont pas la même origine.
  • Ne reproduisez pas le réflexe décrit en 15.1 qui consiste à associer une IST à "quelqu'un d'autre" : c'est exactement le mécanisme qui a retardé, pendant des siècles, la prise en charge sérieuse de ces infections.
  • Si vous encadrez ou accompagnez quelqu'un après un diagnostic, nommez explicitement ce décalage entre progrès médical et inertie sociale : cela aide souvent plus qu'une réassurance générale sur la bénignité de l'infection.

Sources vérifiables

Sources du guide IST, dépistage et prévention · Voir cette page sur GitHub

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