IST et populations invisibilisées : LGBTQ+ et personnes âgées
communsociété1 042 mots5 min de lectureVérifié le 25 septembre 2026
Sur cette page
Un rétroviseur bien réglé laisse toujours un angle mort quelque part, une zone que le conducteur ne voit jamais sans tourner la tête. Les messages de prévention contre les IST fonctionnent sur ce même principe : ils couvrent un large champ, mais laissent dans l'angle mort deux populations bien réelles, chacune pour des raisons différentes. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, sur-représentés dans certaines IST sans que le dépistage suive toujours, et les personnes âgées, dont la vie sexuelle reste un impensé presque total des politiques de prévention.
17.1 Le premier angle mort : les hommes ayant des rapports avec des hommes
Les recommandations médicales sont, sur ce point, sans ambiguïté et strictement pratiques. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes doivent bénéficier d'un dépistage régulier du VIH, des hépatites B et C, de la gonorrhée, de la chlamydia et de la syphilis, avec une vaccination proposée contre les hépatites A et B ainsi que contre le papillomavirus (American Academy of Family Physicians, recommandations de soins préventifs ; vérification du 16 septembre 2026). Les IST qui touchent de façon disproportionnée cette population incluent le VIH, le cancer anal lié au HPV et la syphilis, avec des disparités additionnelles en santé mentale, risque suicidaire, accès aux soins et état de santé perçu (vérification du 16 septembre 2026).
Ce n'est pas un hasard biologique isolé : les freins à l'accès aux soins incluent l'absence d'un environnement clinique accueillant, une couverture santé insuffisante, et le stress minoritaire lié à l'orientation sexuelle, tandis que la stigmatisation sociale, les difficultés à accéder à des soins adaptés, une utilisation moins systématique du préservatif combinée à un nombre de partenaires plus élevé, et un déficit d'éducation sexuelle spécifique expliquent une part importante des taux plus élevés d'IST observés dans cette population (vérification du 16 septembre 2026).
Bons réflexes.
- Pour un homme ayant des rapports avec des hommes, viser un rythme de dépistage plus rapproché (tous les trois à six mois en cas de partenaires multiples) plutôt que le rythme annuel généralement suffisant en population générale.
- Chercher, si possible, un praticien ou un centre réputé pour son accueil sans jugement : la qualité de cet accueil influence directement la régularité réelle du suivi dans la durée, davantage qu'une simple recommandation théorique.
17.2 Le second angle mort : les personnes âgées, une population sexuellement active que la prévention oublie
L'hypothèse implicite selon laquelle la sexualité s'arrête avec l'âge continue de structurer, en creux, les politiques de prévention, alors qu'elle est factuellement fausse. Jusqu'aux deux tiers des adultes de plus de 60 ans restent sexuellement actifs, et environ 40 % des personnes de 65 à 80 ans le sont également, la majorité des personnes âgées se déclarant par ailleurs intéressées par la sexualité selon une enquête de l'AARP (American Medical Association, sur la hausse des IST chez les adultes plus âgés ; vérification du 16 septembre 2026).
Cette réalité entre en collision frontale avec des pratiques de prévention pensées presque exclusivement pour les jeunes adultes. Les taux de chlamydia, gonorrhée et syphilis ont plus que doublé en dix ans chez les personnes de 55 ans et plus aux États-Unis, avec des hausses de 383 % pour la gonorrhée, 200 % pour la chlamydia et 92 % pour le VIH entre 2010 et 2019 dans cette tranche d'âge (analyse des taux d'IST chez les seniors américains ; vérification du 16 septembre 2026). Une part de cette hausse reflète une meilleure détection, mais une large part reflète aussi un relâchement réel de la prévention : la génération concernée n'a, pour beaucoup, jamais eu à envisager une grossesse comme risque principal après la ménopause ou une chirurgie, ce qui réduit d'autant le réflexe du préservatif, sans qu'aucune autre habitude de prévention ne prenne le relais.
Le problème n'est pas seulement comportemental, il est aussi institutionnel. Une large part des professionnels de santé n'aborde pas la vie sexuelle de leurs patients âgés ni ne les dépiste systématiquement pour les IST, ce sujet étant souvent négligé en soins primaires du fait d'une gêne du soignant lui-même face à la sexualité des personnes âgées, ce qui conduit à une possible mauvaise interprétation des symptômes, attribués à une autre pathologie plutôt qu'à une IST, sous l'hypothèse implicite d'une absence d'activité sexuelle (thèse universitaire sur les IST et la population des 65 ans et plus ; vérification du 16 septembre 2026).
💑 Dans le couple. Une nouvelle relation après un veuvage ou une séparation tardive, plus fréquente qu'on ne le pense passé 60 ans, s'accompagne rarement du réflexe de dépistage qui semblerait naturel à 25 ans. Nommer explicitement ce sujet avec un nouveau partenaire, à n'importe quel âge, reste la même conversation que celle décrite au chapitre 8, ni plus gênante ni moins nécessaire à cet âge qu'à un autre.
Bons réflexes.
- Pour un professionnel de santé comme pour un patient, ne présumez jamais de l'absence d'activité sexuelle du seul fait de l'âge : posez la question directement plutôt que de la contourner par gêne.
- En cas de nouvelle relation après une longue période de vie en couple stable, envisagez un dépistage complet plutôt que de considérer le préservatif comme un réflexe qui n'a plus lieu d'être.
Les deux angles morts de ce chapitre ont une différence qu'il faut nommer : contrairement à un vrai rétroviseur, celui de la prévention peut se régler. Il suffit, pour l'essentiel, de poser une question à voix haute plutôt que de la présumer réglée d'avance.
Sources vérifiables
- American Academy of Family Physicians, Preventive Care for Men Who Have Sex With Men — recommandations de dépistage, disparités et freins à l'accès aux soins ; vérification du 16 septembre 2026.
- American Medical Association, With STIs on rise among older adults, here's what doctors can do — sexualité active après 60 ans ; vérification du 16 septembre 2026.
- STD Rates Soar Among America's Older Adults — évolution des taux d'IST chez les personnes de 55 ans et plus ; vérification du 16 septembre 2026.
- Sexually Transmitted Infections and the 65 and Older Population, thèse universitaire — sous-dépistage lié à la gêne des professionnels de santé ; vérification du 16 septembre 2026.
Sources du guide IST, dépistage et prévention · Voir cette page sur GitHub