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Troubles et pathologies masculines

corps masculinprévention1 791 mots9 min de lectureVérifié le 21 septembre 2026

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L'analogie du radar discret. Un radar de recul de voiture ne hurle jamais avant l'obstacle : il émet un signal de plus en plus rapproché, qu'il faut apprendre à entendre avant le choc. Les pathologies décrites dans ce chapitre fonctionnent sur le même principe : rarement bruyantes, souvent indolores au départ, elles laissent un signal discret — une gêne, une masse, une courbure — que seule l'auto-observation permet de capter à temps, faute de dépistage organisé pour la plupart d'entre elles.

Le chapitre 8 de ce guide a décrit le corps masculin dans ses grandes lignes. Celui-ci va plus loin, sur un terrain rarement abordé sans gêne : les pathologies génitales et urinaires propres aux hommes, de l'enfance à la vieillesse — leur fréquence réelle, leurs signaux, et pourquoi le dépistage repose largement sur l'auto-observation plutôt que sur un examen systématique.

36.1 La cryptorchidie et la varicocèle : deux anomalies fréquentes, souvent silencieuses

La prévalence de la cryptorchidie, un ou deux testicules non descendus, à la naissance chez les garçons de poids normal se situe entre 1,8 et 8,4 %. Elle redescend à 0,9-1,6 % à 3 mois et 1,0-1,5 % à un an, une partie des cas se corrigeant spontanément dans les premiers mois de vie. Cette anomalie n'est pas seulement cosmétique : elle peut être associée à l'infertilité et à l'hypogonadisme à l'âge adulte, et les données montrent qu'elle est associée à une production réduite d'hormones testiculaires et à une altération du fonctionnement des cellules de Sertoli — ce qui explique pourquoi un dépistage précoce, dès la petite enfance, reste recommandé plutôt que reporté.

La varicocèle, une dilatation des veines du cordon spermatique, touche une population différente mais tout aussi large : son incidence atteint 20 à 40 % dans la population hypofertile, ce qui en fait l'une des causes les plus fréquentes d'infertilité masculine réversible par la chirurgie.

Bons réflexes.

  • Ne jamais minimiser un diagnostic de cryptorchidie chez un jeune enfant : un suivi et, si besoin, une correction précoce réduisent le risque à long terme sur la fertilité et le cancer.
  • Face à une gêne ou une sensation de lourdeur scrotale persistante à l'âge adulte, consulter plutôt que d'attendre : la varicocèle se traite, et son impact sur la fertilité est réversible dans une bonne partie des cas.

36.2 Le cancer du testicule : rare, mais le plus fréquent chez l'homme jeune

Un point mérite d'être connu avant tout : ce cancer touche une tranche d'âge où l'on se sent, en général, à l'abri de toute pathologie sérieuse. Le cancer des testicules est le cancer le plus fréquent chez les hommes de 15 à 35 ans en France, touchant 2 300 hommes par an, soit environ 1 à 2 % des cancers masculins. Son incidence a régulièrement progressé entre 1990 et 2018, passant de 4,3 à 8,7 cas pour 100 000 hommes ; dans le même temps, la mortalité a été divisée par deux, passant de 0,4 à 0,2 pour 100 000 — une hausse des cas diagnostiqués qui s'accompagne d'une nette amélioration de la prise en charge, pas d'une aggravation du pronostic.

Le pronostic, justement, est l'un des meilleurs de toute l'oncologie quand le cancer est pris à temps : la survie nette standardisée atteint 93 % à 5 ans pour un diagnostic posé entre 2010 et 2015. Ce résultat dépend directement d'une détection précoce, largement entre les mains du patient lui-même : il n'existe pas de dépistage organisé à proprement parler ; l'autopalpation est recommandée, et 90 % des cancers testiculaires sont découverts par les patients eux-mêmes. Trois signes doivent conduire à consulter rapidement : une masse dure et indolore détectée à la palpation dans l'un des testicules, une augmentation du volume d'une bourse, et une sensation de pesanteur ou de gêne scrotale.

Bons réflexes.

  • Pratiquer une autopalpation régulière, simple et rapide, en particulier entre 15 et 35 ans : c'est le moyen de dépistage le plus efficace disponible aujourd'hui.
  • Consulter sans délai devant une masse indolore ou un changement de volume d'un testicule — l'absence de douleur n'est pas un signe rassurant, c'est justement la présentation typique de ce cancer.
  • Face à l'inquiétude d'un diagnostic de cancer du testicule, donner le vrai chiffre plutôt que de laisser l'angoisse parler seule : 93 % de survie à 5 ans quand il est pris à temps, ce qui en fait l'un des cancers au meilleur pronostic.

36.3 L'hypertrophie bénigne de la prostate : une pathologie qui touche la majorité des hommes âgés

L'hyperplasie prostatique bénigne est l'une des maladies les plus communes chez les hommes, liée aux modifications physiologiques de la prostate avec l'âge. Sa progression avec l'âge est spectaculaire : la prévalence, la plus basse à 45-49 ans (2,7 %), grimpe à 24 % à 80 ans ; après 60 ans, 60 % des hommes souffrent de troubles de la prostate, un chiffre qui atteint 90 % après 85 ans. En France, près de 2 millions d'hommes présentent des troubles urinaires liés à cette pathologie, la moitié étant traitée médicalement ; environ 100 000 nouveaux hommes par an se plaignent de troubles urinaires pouvant y être associés.

Les symptômes restent souvent discrets avant de devenir gênants : difficulté à uriner, besoin plus fréquent et plus urgent, et dans les cas avancés, un risque d'obstruction de l'urètre par une prostate devenue trop volumineuse. Un point rassurant mérite d'être connu avant toute inquiétude excessive : l'hypertrophie bénigne de la prostate ne provoque aucun symptôme chez deux tiers des hommes de plus de 50 ans — une pathologie extrêmement fréquente sur le plan anatomique, mais qui ne devient un problème vécu que pour une partie des hommes concernés.

Bons réflexes.

  • Ne pas attendre une gêne sévère pour en parler à un médecin : des troubles urinaires même modérés après 50 ans méritent d'être évalués, la prise en charge précoce étant plus simple.
  • Face à l'inquiétude qu'un diagnostic d'hypertrophie bénigne déclenche par association avec le cancer, préciser directement que ce n'est, par définition, pas une pathologie cancéreuse : ce sont deux maladies distinctes de la prostate.

36.4 L'infertilité masculine : une cause sur quatre, rarement nommée en premier

En France, un couple sur huit consulte pour des problèmes de fertilité ; l'infertilité est d'origine masculine dans 25 % des cas, féminine dans 25 % des cas, et partagée par les deux partenaires dans 25 % des cas — un chiffre qui contredit directement l'idée reçue selon laquelle l'infertilité serait, par défaut, un problème féminin. Les principales causes d'infertilité masculine sont des anomalies de quantité ou de qualité du sperme : l'azoospermie (absence totale de spermatozoïdes), l'oligospermie (nombre très faible), la tératospermie (anomalies morphologiques) et l'asthénospermie (mobilité réduite).

L'examen de référence reste simple et peu invasif : le spermogramme, ou spermocytogramme, analyse le sperme pour caractériser le nombre, la mobilité et les anomalies de forme des spermatozoïdes. Le bilan masculin fait partie intégrante de toute exploration de couple en parcours de PMA, pas une étape secondaire réservée au cas où le bilan féminin ne trouverait rien.

Bons réflexes.

  • Systématiser le bilan masculin dès le début d'un parcours de fertilité en couple, au même titre que le bilan féminin — l'origine masculine est aussi fréquente que l'origine féminine.
  • Ne jamais vivre un diagnostic d'infertilité masculine comme une faute ou un tabou à cacher : c'est une pathologie médicale documentée, dans un quart des cas de couples concernés, pas un jugement sur sa virilité.

36.5 La maladie de Lapeyronie : une déformation méconnue, rarement nommée

Une dernière pathologie mérite d'être nommée, tant elle reste taboue alors qu'elle touche une part non négligeable des hommes adultes. La maladie de Lapeyronie est une déformation du pénis caractérisée par des plaques de fibrose au niveau de l'enveloppe des corps caverneux, provoquant d'abord une douleur puis une courbure qui s'accentue, pouvant compromettre la pénétration. Elle touche 3 à 9 % des hommes adultes, le plus souvent après 40 ans ; le risque augmente avec l'âge, atteignant environ 7 % après 50 ans.

Son évolution suit un schéma précis, utile à connaître pour ne pas attendre inutilement avant de consulter : la phase active dure généralement 6 à 18 mois avant que la maladie ne se stabilise ; une amélioration spontanée reste possible mais rare, dans moins de 15 % des cas. Les traitements varient selon le stade, des approches locales (vacuum, injections) en phase active à la chirurgie (plicature, incision-greffe, implant pénien) une fois la plaque stabilisée ; les injections de PRP sont plus efficaces si elles sont administrées tôt, avant la constitution définitive de la plaque.

Bons réflexes.

  • Consulter dès les premiers signes (douleur, début de courbure) plutôt que d'attendre la stabilisation : une prise en charge précoce, pendant la phase active, élargit les options thérapeutiques disponibles.
  • Ne pas rester seul avec cette question par gêne : c'est une pathologie médicale documentée et prise en charge, pas un sujet à taire par pudeur.

Le radar discret de l'ouverture de ce chapitre se retourne ici : dans les cinq pathologies passées en revue, c'est presque toujours l'homme lui-même qui capte le premier signal, pas un dépistage organisé qui le ferait à sa place. Apprendre à s'auto-observer n'est donc pas une option parmi d'autres, c'est le radar principal.

⚖️ Nuance. Deux confusions retardent la consultation sur ces sujets.

  • Une pathologie indolore n'est pas une pathologie bénigne : le cancer du testicule se présente typiquement comme une masse dure et sans douleur, ce qui en fait un cancer à haut risque de retard diagnostique précisément parce qu'il ne fait pas mal.
  • Une pathologie fréquente n'est pas anodine : l'hypertrophie bénigne de la prostate touche la majorité des hommes âgés, mais fréquence ne veut pas dire qu'elle ne mérite pas d'être suivie et traitée quand elle gêne.

Ce que recouvrent ces deux confusions : juger la gravité d'un signal à son intensité ou à sa rareté, plutôt qu'à ce qu'il indique réellement.

Sources vérifiables

Sources du guide Pour Lui · Voir cette page sur GitHub

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