Sharenting et image de l'enfant en ligne
communprévention1 433 mots7 min de lectureVérifié le 16 septembre 2026
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- 18.1 Un phénomène déjà massif, avec un consentement rarement demandé
- 18.2 Ce que ça risque concrètement, au-delà de l'intuition de "trop en dire"
- 18.3 Un équilibre possible, plutôt qu'une interdiction totale
- 18.3 bis Ce que dit désormais la loi française
- 18.4 Le cas particulier des créateurs "famille", quand l'enfant devient contenu professionnel
- Sources vérifiables
Le chapitre 5 a détaillé ce que les réseaux sociaux font à l'image de soi de l'adulte qui les utilise. Ce chapitre traite d'une situation différente : l'image publiée par quelqu'un d'autre, un parent, au nom d'un enfant qui n'a pas eu son mot à dire.
18.1 Un phénomène déjà massif, avec un consentement rarement demandé
Le "sharenting", contraction de "partager" et "parentalité", désigne l'habitude de plus en plus répandue des parents de partager des photos, vidéos ou autres informations concernant leurs enfants sur leurs profils sociaux ; plus des trois quarts des parents ont déjà partagé des récits, vidéos ou images de leurs enfants ou beaux-enfants sur les réseaux sociaux (étude sur les caractéristiques et la conscience des risques du sharenting ; vérification du 16 septembre 2026). Moins d'un quart des parents demandent systématiquement la permission de leur enfant avant de publier du contenu à son sujet, et environ un tiers ne demande jamais cette permission, alors même que les parents qui partagent fréquemment images et informations sur leurs enfants ont généralement conscience des risques mais les ignorent (vérification du 16 septembre 2026).
Analogie utile. Publier la vie d'un enfant en continu revient à écrire, à sa place et sans son accord, une partie du livre de sa propre vie, un livre qu'il ne pourra jamais réécrire une fois publié, même s'il grandit et souhaite en changer certains chapitres.
18.2 Ce que ça risque concrètement, au-delà de l'intuition de "trop en dire"
Les conséquences potentielles du sharenting incluent la création d'une empreinte numérique permanente, une contribution à des tensions familiales, et des menaces réelles pour la sécurité de l'enfant comme la violation de sa vie privée, le harcèlement en ligne ou le détournement d'image ; l'avancée technologique rapide, notamment l'intelligence artificielle, a accru les risques dans des domaines comme le cyberharcèlement, le vol d'identité et l'exploitation des données (association américaine de psychiatrie, sur l'impact du sharenting sur les enfants et les familles ; vérification du 16 septembre 2026). À mesure que les enfants grandissent, ces empreintes numériques peuvent avoir des conséquences durables, entraînant de la gêne, du harcèlement ou de l'intimidation à partir de contenus publiés des années plus tôt (vérification du 16 septembre 2026).
Le sharenting soulève aussi une question moins souvent nommée que le seul risque de sécurité. Il pose des questions d'autonomie et d'identité, les enfants pouvant se demander plus tard comment leur identité a été façonnée par la publication de leurs parents, faite sans leur consentement (vérification du 16 septembre 2026).
🗣️ Témoignage réel. Lou a grandi comme "bébé des réseaux sociaux", sa mère tenant un blog public détaillant sa vie de mère et celle de ses enfants ; des adultes inconnus la contactaient en ligne avec des questions personnelles et déplacées, et des camarades de classe utilisaient le contenu du blog pour l'humilier (Lou, témoignage publié sur NPR, "The Sunday Story: Permission to Share" ; vérification du 25 septembre 2026). Elle résume ce que ça lui a fait : « C'est cette version de moi que ma mère a rendue publique, et très permanente. »
18.3 Un équilibre possible, plutôt qu'une interdiction totale
⚖️ Nuance nécessaire. Ce chapitre ne plaide pas pour une interdiction totale de partager la vie de ses enfants, une position peu réaliste et pas nécessairement souhaitable pour la majorité des familles. Une part croissante de parents, notamment chez les jeunes générations, pratique ce que la recherche nomme le "sharenting réfléchi" (mindful sharenting), un équilibre conscient entre partage et protection (étude sur l'équilibre entre partage et protection chez les parents de la génération Y ; vérification du 16 septembre 2026), plutôt qu'un renoncement complet ou un partage sans aucun filtre.
Bons réflexes.
- Demander l'accord de l'enfant avant de publier son image, dès qu'il est en âge de comprendre la question, et respecter un refus au même titre qu'on respecterait celui d'un adulte.
- Éviter de publier des informations qui permettraient d'identifier précisément un lieu de vie habituel (école, adresse) même de façon indirecte (uniforme visible, panneau de rue en arrière-plan).
- Réfléchir, avant chaque publication, à la question suivante : cet enfant, une fois adulte, serait-il à l'aise de savoir que ce contenu précis est visible par des inconnus depuis des années ? Une question simple qui filtre efficacement une bonne partie des publications à risque.
- Vérifier régulièrement les paramètres de confidentialité des publications concernant des enfants, plutôt que de les considérer comme réglés une fois pour toutes.
18.3 bis Ce que dit désormais la loi française
Face à l'ampleur du phénomène documenté ci-dessus, la France a introduit un cadre légal spécifique. La loi n° 2024-120 du 19 février 2024, visant à garantir le respect du droit à l'image de l'enfant, inscrit la vie privée dans la définition même de l'autorité parentale, avec une obligation de vigilance et de protection (Ministère de l'Économie, Lettre de la DAJ sur la loi du 19 février 2024 ; vérification du 25 septembre 2026). Les parents ne peuvent désormais plus diffuser l'image de leur enfant sans l'accord de l'autre parent, et si un tiers ou un service de protection de l'enfance estime que cette diffusion porte gravement atteinte à la dignité de l'enfant, il peut saisir le juge aux affaires familiales pour se voir délégué l'exercice de ce droit à l'image.
Ce texte reste récent et peu connu du grand public, mais il change un point important par rapport au reste de ce chapitre : le droit à l'image de l'enfant n'est plus seulement une question de bon sens parental, c'est désormais une obligation légale explicite, avec un recours judiciaire prévu en cas de manquement grave.
18.4 Le cas particulier des créateurs "famille", quand l'enfant devient contenu professionnel
Une forme spécifique de sharenting mérite d'être nommée à part : les comptes de "créateurs famille", où la vie d'un ou plusieurs enfants devient la matière première d'une activité économique régulière, rejoignant directement ce que le chapitre 12 a détaillé sur la précarité et les logiques économiques du métier de créateur de contenu. Contrairement à un parent qui partage occasionnellement une photo, ce cas de figure introduit une tension supplémentaire : l'intérêt économique du parent (produire du contenu engageant, donc souvent centré sur les moments les plus intimes ou les plus spectaculaires de la vie de l'enfant) peut entrer directement en conflit avec l'intérêt de l'enfant à voir sa vie privée préservée.
⚖️ Nuance nécessaire. Cette situation ne concerne qu'une minorité de familles présentes sur les réseaux sociaux, mais elle illustre de façon particulièrement nette la question de fond de ce chapitre : à partir de quel degré d'exposition l'intérêt de l'enfant cesse-t-il d'être la priorité réelle derrière la publication ? Aucune réponse simple n'existe, mais la question mérite d'être posée explicitement plutôt que d'être noyée dans la banalité apparente d'un contenu familial présenté comme innocent.
Bons réflexes.
- Pour un parent créateur de contenu, se demander explicitement, avant chaque publication impliquant son enfant, si cette publication sert avant tout l'enfant, la famille, ou la performance économique du compte, une distinction qui devient plus nette une fois posée à voix haute.
- Prévoir, même dans une activité de création de contenu familial, des moments et des espaces de la vie de l'enfant qui restent explicitement hors caméra, non négociables quel que soit le potentiel d'engagement du contenu manqué.
Le livre écrit à la place de l'enfant, dans ce chapitre, a une limite qu'il faut nommer : contrairement à un vrai livre qu'on peut refermer et ranger, ce contenu-là continue de circuler, d'être indexé et parfois recopié bien après que le parent lui-même l'a oublié. C'est précisément ce que raconte Lou : ce n'est jamais un chapitre isolé qui pose problème, c'est le fait qu'aucun chapitre ne se referme jamais vraiment.
Sources vérifiables
- Sharenting: characteristics and awareness of parents publishing sensitive content of their children on online platforms — ampleur du phénomène et conscience des risques ; vérification du 16 septembre 2026.
- American Psychiatric Association, 'Sharenting': How Parents' Social Media Posts About Their Kids May Impact Kids and Families — risques concrets pour l'enfant ; vérification du 16 septembre 2026.
- Mindful sharenting: how millennial parents balance between sharing and protecting — équilibre entre partage et protection ; vérification du 16 septembre 2026.
- NPR, témoignage de Lou, "The Sunday Story: Permission to Share", témoignage réel ; vérification du 25 septembre 2026.
- Ministère de l'Économie, Lettre de la DAJ sur la loi n° 2024-120 du 19 février 2024 — droit à l'image de l'enfant en France ; vérification du 25 septembre 2026.
Sources du guide Réseaux sociaux · Voir cette page sur GitHub