Les figures de la recherche masculine en 2026 : qui fait avancer quoi
corps masculinrepères1 509 mots8 min de lectureVérifié le 17 septembre 2026
Sur cette page
- Hagai Levine : Hebrew University of Jerusalem, Israël (déclin de la fertilité masculine)
- Leslie Adams : Stanford University School of Medicine, États-Unis (santé mentale des hommes noirs)
- Holly Wilcox : Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, États-Unis (épidémiologie du suicide)
- Zac Seidler : University of Melbourne / Movember, Australie (dépression masculine et recours à l'aide)
- Ruth Feldman : Reichman University, Israël (avec Yale Child Study Center et University College London) (cerveau paternel)
- Dalia Chowdhury : University of North Texas, États-Unis (solitude masculine)
- Arthur Vuattoux : Sorbonne Paris Nord / IRIS, France (sociologie des masculinités)
- Ce qui change à l'échelle institutionnelle, pas seulement individuelle
- Ce que ces parcours ont en commun
- Pourquoi ce chapitre a sa place dans ce guide
- Sources vérifiables
Voici des chercheuses et chercheurs identifiables dont les travaux irriguent directement les sujets traités dans ce guide. Un point commun frappant à la lecture de leurs parcours : plusieurs se sont attaqués à des angles longtemps considérés comme secondaires (solitude masculine, cerveau paternel, santé mentale des hommes noirs) précisément parce que la recherche sur la santé masculine, prise dans son ensemble, a longtemps souffert du même écart entre fréquence réelle d'un problème et attention scientifique qui lui était accordée que celui documenté côté féminin.
Hagai Levine : Hebrew University of Jerusalem, Israël (déclin de la fertilité masculine)
Professeur d'épidémiologie, il a dirigé la méta-analyse de référence sur l'évolution de la numération des spermatozoïdes dans le monde. Son équipe a montré une baisse de 59,3 % de la concentration spermatique moyenne chez les hommes des pays occidentaux depuis 1973, sans signe de ralentissement sur la période étudiée (Levine et al., « Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis », Human Reproduction Update, 2017 ; vérification du 17 septembre 2026). Ce travail a durablement changé la façon dont la fertilité masculine est traitée comme sujet de santé publique plutôt que comme une simple question individuelle.
Leslie Adams : Stanford University School of Medicine, États-Unis (santé mentale des hommes noirs)
Professeure assistante en santé mentale publique, elle étudie le rôle du racisme structurel, des normes de genre et du stress psychosocial dans la santé mentale des garçons et des hommes noirs. Ses travaux utilisent des méthodes de suivi en temps réel (échantillonnage écologique momentané, capteurs passifs) pour établir le lien entre discrimination raciale vécue au quotidien, symptômes dépressifs et risque suicidaire (profil Stanford Medicine ; vérification du 17 septembre 2026). Une bourse Young Investigator de l'American Foundation for Suicide Prevention lui a permis de développer un suivi du risque suicidaire par smartphone chez cette population.
Holly Wilcox : Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, États-Unis (épidémiologie du suicide)
Professeure au département de santé mentale, elle dirige des recherches en population sur les comportements suicidaires et l'évaluation de programmes de prévention communautaires. Elle a contribué à la création, en 2024, du premier centre de prévention du suicide au sein d'une école de santé publique au monde (Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health ; vérification du 17 septembre 2026), une structure qui traite directement la surmortalité masculine par suicide documentée ailleurs dans ce guide.
Zac Seidler : University of Melbourne / Movember, Australie (dépression masculine et recours à l'aide)
Psychologue clinicien et directeur mondial de la recherche en santé masculine chez Movember, également chercheur principal au centre Orygen de l'université de Melbourne. Sa thèse portait sur la dépression masculine et sur la façon dont les normes de masculinité interagissent avec la reconnaissance et l'expression de la détresse (American Institute for Boys and Men ; vérification du 17 septembre 2026). Il a créé Men in Mind, le premier programme de formation au monde destiné à aider les professionnels de santé mentale à mieux repérer et prendre en charge la détresse masculine.
Ruth Feldman : Reichman University, Israël (avec Yale Child Study Center et University College London) (cerveau paternel)
Professeure de neurosciences du développement, elle dirige le Centre de neurosciences développementales, sociales et relationnelles. Ses travaux ont montré que le cerveau paternel est sensible à l'expérience concrète des soins apportés à l'enfant, avec une activation de circuits normalement associés au maternage lorsque les pères s'investissent directement dans le soin (Abraham et al., « Father's Brain Is Sensitive to Childcare Experiences », PNAS, 2014 ; vérification du 17 septembre 2026). Des travaux complémentaires de son équipe ont documenté une hausse de l'ocytocine chez les pères comparable à celle observée chez les mères au cours des premiers mois de la paternité (Feldman et al., Psychoneuroendocrinology, 2014 ; vérification du 17 septembre 2026).
Dalia Chowdhury : University of North Texas, États-Unis (solitude masculine)
Professeure associée en réadaptation et services de santé, elle a dirigé en 2026 une revue systématique de trente études sur la solitude chez les hommes aux États-Unis. Son équipe montre que si le taux de solitude ressentie n'est pas nettement supérieur chez les hommes, les hommes sollicitent significativement moins leurs proches, leurs amis ou des professionnels de santé mentale pour y faire face (Chowdhury et al., « Loneliness Without an Epidemic: Gendered Pathways, Health Consequences, and Intervention Gaps Among Men in the United States », Frontiers in Public Health, 2026 ; vérification du 17 septembre 2026). Ce travail nuance directement le raccourci médiatique d'une "épidémie" de solitude masculine, sans minimiser le problème réel du moindre recours à l'aide.
Arthur Vuattoux : Sorbonne Paris Nord / IRIS, France (sociologie des masculinités)
Maître de conférences en sociologie, membre de l'Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, ses travaux portent sur la construction sociale des masculinités et leurs mutations contemporaines. Il intervient régulièrement dans des séminaires de recherche consacrés à ce champ, dont le séminaire "Recherches sur le masculin" de l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS), qui réunit les travaux français les plus récents sur le sujet (CNRS-IHTP ; vérification du 17 septembre 2026). Son travail situe dans un cadre sociologique français plusieurs mécanismes déjà décrits dans ce guide, notamment la masculinité précaire.
Ce qui change à l'échelle institutionnelle, pas seulement individuelle
Au-delà de ces parcours personnels, un mouvement plus large mérite d'être connu. Depuis sa création en 2003, la fondation Movember a permis de financer plus de 1 250 projets de recherche sur la santé masculine dans le monde, pour un montant cumulé de plus de 1,8 milliard de dollars australiens consacrés à la santé mentale, la prévention du suicide, le cancer de la prostate et le cancer des testicules (Movember ; vérification du 17 septembre 2026). Ce n'est pas un hasard si plusieurs des chercheurs cités plus haut, Zac Seidler en tête, sont directement liés à cette fondation : une bonne partie du financement disponible sur la santé masculine transite aujourd'hui par des structures philanthropiques plutôt que par les canaux de financement public classiques, à la différence de la recherche sur la santé féminine qui bénéficie, elle, d'un mouvement de rattrapage porté directement par les grandes agences publiques comme les National Institutes of Health américains.
Cette différence de financement n'est pas neutre pour la lecture de ce chapitre : elle explique en partie pourquoi certains champs de la santé masculine (solitude, paternité, santé mentale) ont mis plus de temps à devenir des priorités de recherche financées à grande échelle, et pourquoi le rôle d'une poignée de fondations et de chercheurs individuellement engagés reste, à ce jour, plus déterminant que dans d'autres champs de la santé publique.
Ce que ces parcours ont en commun
Un motif revient dans plusieurs de ces trajectoires : un décalage identifié entre la fréquence réelle d'un problème (infertilité, solitude, détresse psychique, désinvestissement paternel supposé) et l'attention scientifique qu'il recevait jusque-là, souvent parce que la santé masculine restait implicitement pensée comme moins vulnérable que la santé féminine. Ce n'est pas un hasard si Dalia Chowdhury choisit de nuancer plutôt que d'amplifier le récit d'une "épidémie", ou si Zac Seidler a construit sa carrière entière autour de la question de savoir pourquoi les hommes en détresse n'accèdent pas à l'aide qui existe déjà : ce sont des constats de terrain, documentés, qui expliquent en partie pourquoi certains sujets de ce guide ont mis du temps à être pris au sérieux.
Pourquoi ce chapitre a sa place dans ce guide
Comme pour son équivalent du guide Pour Elle, ce chapitre ne dit pas quoi faire : il montre que ce qui est écrit ailleurs dans ce document n'est pas une évidence figée, mais le résultat d'un travail scientifique actif, mené par des personnes identifiables, avec des laboratoires et des financements précis. La solitude masculine, la dépression, le cerveau paternel ou le déclin de la fertilité, traités ailleurs dans ce guide comme des repères stabilisés, restent des champs de recherche vivants au moment de la rédaction de ce chapitre.
Sources vérifiables
- Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis, Levine et al., Human Reproduction Update, 2017 ; vérification du 17 septembre 2026.
- Profil de Leslie Adams, Stanford University School of Medicine ; vérification du 17 septembre 2026.
- Johns Hopkins Center for Suicide Prevention, Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health ; vérification du 17 septembre 2026.
- Profil de Zac Seidler, American Institute for Boys and Men ; vérification du 17 septembre 2026.
- Father's Brain Is Sensitive to Childcare Experiences, Abraham et al., PNAS, 2014 ; vérification du 17 septembre 2026.
- Loneliness Without an Epidemic: Gendered Pathways, Health Consequences, and Intervention Gaps Among Men in the United States, Chowdhury et al., Frontiers in Public Health, 2026 ; vérification du 17 septembre 2026.
- Séminaire "Recherches sur le masculin", Institut d'histoire du temps présent (CNRS) ; vérification du 17 septembre 2026.
- Changing the Face of Men's Health, Movember ; vérification du 17 septembre 2026.