Les figures de la recherche en 2026 : qui fait avancer quoi
corps fémininrepères2 221 mots11 min de lectureVérifié le 27 juillet 2026
Sur cette page
- Camille Berthelot : Institut Pasteur, Paris (génomique évolutive de la menstruation)
- Linda Griffith : MIT, Cambridge (bio-ingénierie et endométriose)
- Stacey Missmer : Michigan State University (anciennement Harvard) (épidémiologie de l'endométriose)
- Hilary Critchley : Université d'Édimbourg (physiologie menstruelle et saignements anormaux)
- Marina Kvaskoff : Inserm / Université Paris-Saclay (épidémiologie de l'endométriose en France)
- Elisabet Stener-Victorin : Institut Karolinska, Stockholm (SOPK/SMOP)
- Peter Schmidt : National Institute of Mental Health (NIMH), États-Unis (TDPM)
- Jennifer Gordon : Université de Regina, Canada (TDPM)
- Samantha Meltzer-Brody : Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (dépression du post-partum)
- C. Noel Bairey Merz : Cedars-Sinai, Los Angeles (cardiologie féminine)
- Ce qui change à l'échelle institutionnelle, pas seulement individuelle
- Le fil conducteur de tous ces parcours
- Pourquoi ce chapitre a sa place dans ce guide
- Sources vérifiables
Voici les figures les plus marquantes du domaine, avec ce qu'elles ont concrètement changé. Un point commun frappant à la lecture de leurs parcours : plusieurs d'entre elles ont commencé à s'intéresser à leur sujet soit parce qu'elles vivaient elles-mêmes la maladie qu'elles étudient, soit parce qu'elles ont été frappées par le contraste entre la fréquence d'un problème et le peu de recherche qui lui était consacré. Ce chapitre n'est pas qu'un annuaire de noms : c'est la preuve concrète que les sujets traités dans ce guide comme longtemps négligés font aujourd'hui l'objet d'un travail scientifique actif, mené par des chercheuses reconnues internationalement, avec des résultats tangibles à la clé.
Camille Berthelot : Institut Pasteur, Paris (génomique évolutive de la menstruation)
Chargée de recherche Inserm à l'Institut Pasteur, elle dirige le projet EVOMENS, financé par le Conseil européen de la recherche, qui compare les génomes de primates menstruant et non-menstruant pour identifier les gènes à l'origine de la menstruation au cours de l'évolution. Son objectif déclaré : comprendre l'origine évolutive des règles pour mieux soigner l'endométriose, une maladie qui reste, selon ses propres mots rapportés par l'Inserm, mal comprise « d'un point de vue scientifique » malgré son importance pour la santé des femmes (Inserm, 2022 ; Institut Pasteur, 2025-2026).
Linda Griffith : MIT, Cambridge (bio-ingénierie et endométriose)
Professeure de bio-ingénierie au MIT, devenue mondialement connue dans son domaine pour avoir fait pousser une oreille humaine sur le dos d'une souris au début de sa carrière. Atteinte elle-même d'endométriose depuis l'adolescence, sa douleur a longtemps été traitée avec désinvolture par le corps médical, retardant son propre diagnostic de plusieurs années. Elle a réorienté sa carrière scientifique vers cette maladie, cofondant en 2009 le MIT Center for Gynepathology Research, le premier centre de ce type au monde. Un profil du New York Times la décrit comme ayant "reformulé l'endométriose comme une clé pour percer certains des plus grands secrets de la biologie" (régénération tissulaire, cicatrisation sans cicatrice, fonction immunitaire). Mi-2025, elle a lancé, via ce centre qu'elle dirige, un « moonshot » de dix millions de dollars dédié à la science de la menstruation. Selon ses collègues, elle est l'une des seules à pouvoir se permettre un tel pari, précisément parce que son autorité scientifique déjà acquise dans un tout autre domaine lui donne une crédibilité que peu de chercheuses spécialisées en gynécologie obtiennent aussi facilement (MIT News, juillet 2025 ; Maven/The Preprint, octobre 2025).
Stacey Missmer : Michigan State University (anciennement Harvard) (épidémiologie de l'endométriose)
Considérée comme l'une des pionnières mondiales de l'épidémiologie de l'endométriose, ses travaux ont établi une bonne partie des connaissances de référence sur les facteurs de risque et les conséquences à long terme de la maladie (impact sur la fertilité, qualité de vie des adolescentes atteintes). Elle a formé et collaboré avec de nombreuses chercheuses de la génération suivante, dont la Française Marina Kvaskoff (voir plus bas). Elle préside la World Endometriosis Society, qui réunit la communauté scientifique internationale du domaine, une voix reconnue depuis son passage à Harvard jusqu'à son poste actuel à Michigan State University (World Endometriosis Society ; EndoFound).
Hilary Critchley : Université d'Édimbourg (physiologie menstruelle et saignements anormaux)
Professeure de référence sur la physiologie de l'endomètre et les saignements utérins anormaux, elle a occupé de nombreux rôles de coordination scientifique internationale (ESHRE, Society for Gynecologic Investigation) et collabore avec un réseau mondial de chercheurs de premier plan sur l'endomètre (dont Linda Griffith elle-même). Ses travaux ont largement contribué à la compréhension moderne du fonctionnement normal et pathologique de l'endomètre, la même muqueuse au cœur des chapitres 2, 3 et 8 de ce document (University of Edinburgh Research Explorer).
Marina Kvaskoff : Inserm / Université Paris-Saclay (épidémiologie de l'endométriose en France)
Épidémiologiste française, elle a placé l'endométriose au centre de ses recherches depuis près de vingt ans après l'avoir découverte presque par hasard pendant sa thèse, en constatant avec surprise le décalage entre l'ampleur de l'impact de cette maladie sur la vie des femmes et le peu de données épidémiologiques alors disponibles. Formée en partie aux côtés de Stacey Missmer à Harvard, elle a mené en France un travail constant de financement et de visibilité de la recherche sur l'endométriose, contribuant à en faire une priorité de santé publique nationale (stratégie nationale lancée en 2022) (Université Paris-Saclay, avril 2024).
Elisabet Stener-Victorin : Institut Karolinska, Stockholm (SOPK/SMOP)
Professeure de physiologie de la reproduction, elle dirige depuis plus de vingt ans un groupe de recherche translationnelle sur le syndrome des ovaires polykystiques, l'une des toutes premières à avoir documenté scientifiquement le lien entre SOPK et santé mentale. Elle a personnellement porté et expliqué publiquement, en juin 2026, le changement de nom du SOPK en SMOP, insistant sur le fait que l'ancienne dénomination centrée sur les ovaires masquait la nature réellement métabolique et systémique de la maladie (The Conversation, juin 2026). Son équipe a notamment contribué, fin octobre 2025, à une étude parue dans Nature Medicine identifiant quatre sous-types cliniques distincts de la maladie (Nature Medicine, octobre 2025).
Peter Schmidt : National Institute of Mental Health (NIMH), États-Unis (TDPM)
Chef de la section d'endocrinologie comportementale au NIMH depuis les années 1980, il est l'un des chercheurs qui a le plus contribué à établir le TDPM comme trouble reconnu (il a d'ailleurs conseillé le groupe de travail du DSM-5 sur cette question), et ses travaux ont notamment mis en évidence un complexe de gènes sensibles aux hormones sexuelles impliqué dans la vulnérabilité au trouble (NIMH).
Jennifer Gordon : Université de Regina, Canada (TDPM)
Chercheuse et présidente non rémunérée du comité consultatif clinique de l'International Association for Premenstrual Disorders (IAPMD), l'organisation internationale de référence pour les patientes et cliniciens concernés par le TDPM. Ses travaux récents (2024) ont notamment suivi les trajectoires hormonales neuro-actives au cours du cycle chez des femmes atteintes de TDPM, affinant la compréhension du lien entre allopregnanolone et symptômes (Molecular Psychiatry, 2024).
Samantha Meltzer-Brody : Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (dépression du post-partum)
Titulaire de la chaire de psychiatrie de l'UNC et directrice du Centre des troubles de l'humeur féminins de cette université, elle est une pionnière de la psychiatrie périnatale et l'investigatrice principale des essais cliniques ayant conduit à l'approbation de la brexanolone (2019) puis de la zuranolone pour la dépression du post-partum. Elle est reconnue comme une pionnière de la psychiatrie périnatale, investigatrice principale des essais cliniques ayant mené à ces deux traitements et référence internationale sur un champ historiquement sous-étudié et négligé par la recherche médicale (UNC Department of Psychiatry).
C. Noel Bairey Merz : Cedars-Sinai, Los Angeles (cardiologie féminine)
Directrice du Barbra Streisand Women's Heart Center à Cedars-Sinai, elle figure parmi les cardiologues les plus reconnues au monde sur la spécificité des maladies cardiovasculaires féminines, avec une contribution majeure en 2026 dans l'European Heart Journal sur les facteurs de risque traditionnels et spécifiquement féminins. Ses travaux ont notamment porté sur l'ischémie sans obstruction coronarienne significative (INOCA), une forme de maladie cardiaque qui touche de façon disproportionnée les femmes et qui reste largement méconnue parce qu'elle ne correspond pas au tableau classique de l'infarctus enseigné en priorité — des IRM cardiaques avancées ont permis d'en clarifier les causes et d'améliorer les décisions de traitement, une avancée jugée particulièrement importante pour les femmes concernées par cette forme atypique de maladie cardiaque. Ce travail rejoint directement ce qui a été établi dans le chapitre sur les peurs de ce guide, à propos du retard de reconnaissance des symptômes cardiovasculaires atypiques chez les femmes.
Ce qui change à l'échelle institutionnelle, pas seulement individuelle
Au-delà de ces parcours personnels, une dynamique plus large mérite d'être connue, parce qu'elle montre que le rattrapage évoqué par ces chercheuses ne repose plus seulement sur leur détermination individuelle. Combien l'État américain met-il aujourd'hui sur la table pour ce champ de recherche ? Les National Institutes of Health ont investi environ 4,6 milliards de dollars dans la santé des femmes lors de l'exercice budgétaire 2024, une somme portée à environ 5 milliards de dollars pour 2025 — une hausse rapide, mais qui reste, selon les Académies nationales des sciences, encore loin du besoin réel identifié. Un rapport majeur des Académies nationales des sciences, de l'ingénierie et de la médecine recommande la création d'un fonds interdisciplinaire dédié de 11,4 milliards de dollars sur cinq ans, ainsi que la formation d'un nouvel institut spécifiquement centré sur la recherche en santé des femmes.
Des priorités concrètes accompagnent ces moyens. Le budget de la commission sénatoriale pour l'exercice 2026 inclut une augmentation de 400 millions de dollars pour les NIH, avec des instructions explicites pour prioriser la recherche sur des pathologies gynécologiques longtemps négligées comme les fibromes utérins et le syndrome des ovaires polykystiques. Et en 2025, les NIH ont consacré leur programme Pathways to Prevention à faire la synthèse des connaissances sur la ménopause, à identifier les lacunes de recherche existantes et à développer un plan d'action pour faire avancer ce champ — un sujet qui, comme l'endométriose ou le TDPM évoqués plus haut, est longtemps resté à la marge des priorités de financement malgré son ampleur.
Ce mouvement, à la fois individuel et désormais institutionnel, change la lecture de ce chapitre : les pathologies décrites dans ce guide comme historiquement sous-étudiées ne sont plus seulement portées par la détermination de quelques chercheuses isolées — elles bénéficient, de plus en plus, d'un effort concerté et financé à l'échelle des plus grandes agences de recherche du monde.
Le fil conducteur de tous ces parcours
En relisant ces neuf trajectoires, un motif commun se dégage nettement : plusieurs de ces chercheuses ont d'abord été confrontées, personnellement ou professionnellement, à un immense décalage entre la fréquence réelle d'un problème de santé féminine et l'attention scientifique et financière qui lui était historiquement accordée. Ce n'est pas un hasard si Linda Griffith parle explicitement d'un "moonshot" nécessaire, ou si Samantha Meltzer-Brody insiste sur le fait que son champ a été "négligé", c'est un constat partagé, documenté, et de plus en plus reconnu par les institutions elles-mêmes, qui explique en grande partie pourquoi tant de pathologies de ce document ont mis aussi longtemps à être prises au sérieux. Ces figures partagent une caractéristique commune, documentée dans l'histoire de la médecine reproductive : la remise en cause de savoirs établis à partir de données nouvelles (te Velde & Pearson, Human Reproduction Update, 2002 ; vérification du 7 août 2026).
Pourquoi ce chapitre a sa place dans ce guide
Un chapitre de noms et de laboratoires peut sembler, au premier regard, distinct du reste de ce guide, davantage tourné vers le concret et le quotidien. C'est pourtant l'un des chapitres les plus directement liés à tous les autres : chaque pathologie, chaque mécanisme, chaque recommandation présentés ailleurs dans ce document repose, en dernière analyse, sur le travail de chercheuses et de chercheurs précis, avec un nom, un laboratoire, une trajectoire personnelle souvent marquée par le même constat — un écart entre la fréquence réelle d'un problème et l'attention qu'il recevait jusque-là.
Ce chapitre a une fonction précise, différente de celle des autres : il ne dit pas ce qu'il faut savoir ou faire, il montre que ce qui est su aujourd'hui n'est pas figé, ni acquis depuis toujours. L'endométriose, le TDPM, le SOPK devenu SMOP, la cardiologie féminine spécifique — chacun de ces sujets, traité ailleurs dans ce guide comme une connaissance stabilisée, est en réalité le résultat d'un travail scientifique actif, récent, et encore en mouvement au moment même de la rédaction de ce document. Savoir cela change la lecture du reste : ce qui est écrit ici n'est pas un point final, c'est une photographie honnête d'un état des connaissances en progrès rapide, porté par des personnes identifiables plutôt que par une autorité scientifique abstraite et anonyme.
⚖️ Nuance. Deux malentendus guettent la lecture d'un chapitre construit autour de figures individuelles.
- Une chercheuse qui porte un sujet à elle seule n'est pas la preuve que ce sujet manque de rigueur scientifique : c'est souvent l'inverse, l'absence de financement structurel pendant des décennies a forcé quelques parcours individuels à faire le travail qu'une agence de recherche aurait dû porter collectivement plus tôt.
- Un financement en forte hausse (comme les 5 milliards de dollars des NIH en 2025) n'est pas la preuve que le sujet est enfin traité à sa juste mesure : le rapport des Académies nationales elles-mêmes chiffre le besoin réel à plus du double de ce montant.
Ce que recouvrent ces deux malentendus : juger l'état d'un champ de recherche à la visibilité de ses figures plutôt qu'à l'ampleur réelle des moyens qui lui sont consacrés.
Sources vérifiables
- Overview of the National Institutes of Health Investment in Women's Health Research, NCBI Bookshelf ; vérification du 11 août 2026.
- To Advance Women's Health Research, NIH Should Form New Institute and Congress Should Appropriate New Funding, National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine ; vérification du 11 août 2026.
- Looking Back, Moving Forward: Women's Health Research in 2025 and the Road Ahead, Society for Women's Health Research ; vérification du 11 août 2026.
- Looking Ahead: Predictions for Cardiology in 2026, Mass General Brigham ; vérification du 11 août 2026.